La question du dialogue politique en République démocratique du Congo (RDC) revient une fois de plus au centre du débat national, dans un contexte marqué par une crise sécuritaire persistante, des tensions politiques profondes et une forte attente de paix au sein de la population. C’est dans ce cadre que le Mouvement Sauvons la RDC a publié, mercredi 14 janvier 2026, un communiqué de fond exprimant sa position sur l’initiative de dialogue entre Congolais, soutenue par la République d’Angola.
Le Mouvement indique avoir été consulté à deux reprises par les hautes autorités angolaises, à leur initiative, au sujet d’un éventuel dialogue. Il salue à ce titre l’implication personnelle de Son Excellence João Manuel Gonçalves Lourenço, Président de la République d’Angola, pour ses efforts constants en faveur de la paix en RDC. Fidèle à sa ligne, Sauvons la RDC réaffirme son attachement au dialogue, qu’il considère comme le meilleur moyen de règlement durable des conflits.
« Si réellement, l’objectif est le rétablissement de la paix, il est plus indiqué de vider le processus de Doha qui engage le gouvernement et l’opposition armée, avant de passer au dialogue, afin que tous les aspects militaires de la crise ayant été pris en charge et que toutes les modalités idoines pour faire taire les armes, y compris le cessez-le- feu, convenus par les parties en cause ayant été mises en œuvre, le dialogue puisse se dérouler plus sereinement et avoir plus de chance d’être ce qu’il est censé être, à savoir: un forum et le lieu par excellence de la consécration de la réconciliation, de la paix retrouvée, de l’unité de la nation restaurée et d’un consensus sur les conditions du mieux vivre ensemble », peut-on lire dans ce communiqué.
Cependant, le Mouvement exprime plusieurs préoccupations majeures quant à la crédibilité et aux conditions de réussite d’un tel dialogue. Selon lui, le succès d’un processus de dialogue ne dépend ni du nombre de médiateurs ni de la multiplication des capitales visitées, mais avant tout de la sincérité, de la bonne foi et du respect des engagements pris par les parties. L’itinérance diplomatique observée de Nairobi à Luanda, de Doha à Bujumbura, Kampala ou Lomé est perçue comme le signe d’une instabilité de vision et d’une parole d’État peu fiable, affaiblissant la confiance tant au niveau national qu’international.
Le communiqué insiste également sur la nécessité d’une volonté politique réelle, qui ne peut se manifester que par le respect des accords déjà signés, notamment ceux relatifs à la libération des prisonniers, à la décrispation du climat politique et à l’observance du cessez-le-feu. Or, Sauvons la RDC dénonce la poursuite des arrestations, des intimidations, des exils forcés visant des opposants politiques, des journalistes, des activistes des droits humains et d’autres citoyens exerçant leur liberté d’opinion, pourtant garantie par la Constitution.
Sur le plan sécuritaire, le Mouvement exprime une vive inquiétude face aux opérations militaires menées alors même que des initiatives de paix sont annoncées. Il cite notamment le massacre survenu le 11 janvier 2026 à Bukama, dans la province du Haut-Lomami, où des civils sans défense auraient été victimes de violences graves attribuées à des éléments des FARDC. Pour Sauvons la RDC, ces actes rendent indispensables des mesures concrètes de décrispation politique comme préalable non négociable à tout dialogue.
Par ailleurs, le Mouvement estime qu’il serait plus judicieux de finaliser d’abord le processus de Doha, qui concerne le gouvernement et l’opposition armée, afin de régler les aspects militaires de la crise, y compris le cessez-le-feu. Ce n’est qu’après avoir fait taire les armes que le dialogue politique pourra se tenir dans un climat serein, propice à la réconciliation nationale, à la restauration de l’unité du pays et à un consensus sur le vivre-ensemble.
Le communiqué signé par Franck Diongo, Seth Kikuni, Raymond Tshibanda, Augustin Matata Ponyo Mapon, Filia Tshipasat, Jean-Claude Vuemba, Albert Mukulubundu, André Claudel Lubaya, Dr. Tharcisse Loseke, Théophile Mbemba, Bienvenu Matumo, souligne aussi que tout dialogue crédible doit être inclusif et sans tabou. Il met en garde contre un processus dicté par une seule partie, en particulier lorsque celle-ci est perçue comme responsable de l’aggravation de nombreux problèmes à résoudre.
Enfin, Sauvons la RDC plaide pour que la médiation d’un éventuel dialogue soit confiée aux évêques des Églises catholique et protestante du Congo (CENCO et ECC). Le Mouvement estime que ces derniers, grâce à leur travail préparatoire approfondi et à leur connaissance des acteurs et des causes de la crise, sont les mieux placés pour jouer ce rôle. Il considère que l’exclusion de ces médiateurs congolais jette un doute sérieux sur la sincérité du projet de dialogue et laisse craindre une manœuvre politique destinée à gagner du temps, au détriment des intérêts supérieurs de la nation.
En définitive, le communiqué du Mouvement Sauvons la RDC rappelle avec force que le dialogue, pour être porteur de paix, ne peut être un simple slogan diplomatique. Il doit s’appuyer sur des actes concrets, une volonté politique démontrée et une implication réelle des Congolais eux-mêmes, afin de répondre aux aspirations profondes du peuple à la paix, à la justice et à la stabilité.
Le Hautpanel
