Le procès du lieutenant-général Yav Irung Philémon, ancien commandant de la 3ᵉ Zone de défense, s’est poursuivi mardi 27 janvier 2026 devant la Haute cour militaire avec des témoignages lourds de conséquences. Quatre officiers généraux, entendus en qualité de renseignants, ont mis en cause l’ex-chef militaire, l’accusant d’actes assimilables à une collaboration avec l’ennemi.
Au cœur des débats, la déposition du lieutenant-général Constant Ndima Kongba, ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu. Celui-ci a affirmé que, durant le commandement du général Yav, certaines décisions opérationnelles étaient prises de manière unilatérale, sans information de l’autorité provinciale. Il a également évoqué l’existence d’un message écrit en swahili, attribué à un collaborateur de James Kabarebe et destiné au général Yav, message qui aurait été porté à sa connaissance par le feu général-major Peter Cirimwani, alors commandant des opérations Sukola 2.
Selon le général Ndima, ce message laissait entendre que le général Cirimwani faisait obstacle à un « projet » en cours. Se disant préoccupé par la gravité des faits, il affirme avoir immédiatement alerté la hiérarchie militaire, afin d’éviter toute rétention d’information.
«Depuis la prise de fonctions du lieutenant-général Philémon Yav comme commandant 3ème Zone de défense et commandant des opérations militaires dans la province du Nord-Kivu, certains actes posés par ce dernier, se faisaient de manière personnelle sans toutefois me tenir informé mon général», a déclaré le lieutenant-général Constant Ndima, ancien gouverneur du Nord-Kivu dans sa déposition.
«Lui le général Cirimwani là, empêche l’aboutissement de notre projet. J’ai informé la hiérarchie de peur d’être pris pour complice», a ajouté le renseigant Constant Ndima.
Ces déclarations ont été corroborées par le général-major Sylvain Ekenge Bomusa Efomi, ainsi que par les généraux de brigade Dany Yangba Tene et Evariste Mwehu Lumbu. Le général Ekenge a notamment rapporté qu’en juillet 2022, lors d’une réunion tenue avant le départ du général Cirimwani pour sa nouvelle affectation en Ituri, ce dernier avait fait état d’un message qu’il attribuait à James Kabarebe, s’interrogeant sur son action contre un « projet » en cours.
S’appuyant sur ces témoignages, le lieutenant-général magistrat Lucien René Likulia, chef du parquet militaire, a soutenu la crédibilité des renseignants, saluant le comportement du général Ndima qu’il a qualifié de « patriote » pour avoir saisi sans délai la hiérarchie militaire.
La défense du prévenu a vigoureusement contesté ces accusations. Par la voix de Me Parfait Kanyanga, coordonnateur du collectif des avocats du général Yav, elle a estimé que le message évoqué par les renseignants n’a jamais été produit, mettant en doute sa réalité et sa valeur probante.
À l’issue de l’audience, la Haute cour militaire a renvoyé l’affaire au 17 février 2026 pour la suite de la procédure.
Arrêté le 19 septembre 2022 et détenu depuis à la prison centrale de Makala, le lieutenant-général Yav Irung Philémon est poursuivi pour trahison et incitation des militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline, dans un procès suivi de près par l’opinion publique, au regard du contexte sécuritaire dans l’est de la RDC.
Le Hautpanel
