Le ministère russe des Affaires étrangères accuse l’Union européenne d’instrumentaliser l’opération navale Irini pour exercer des pressions sur les navires commerciaux et porter atteinte à la liberté de navigation.
Dans une déclaration publiée mercredi 12 août 2026, le ministère russe des Affaires étrangères a vivement critiqué les activités maritimes de l’Union européenne en Méditerranée, dénonçant ce qu’il qualifie de « fouilles illicites » de navires étrangers.
Selon Moscou, l’Union européenne s’appuierait sur un mandat « modifié » de l’opération navale Irini, déployée au large des côtes libyennes, pour contrôler des navires commerciaux soupçonnés de participer au transport de pétrole ou d’autres marchandises à destination de la Russie.
Le navire camerounais Tao Payoh au cœur de la controverse
Le ministère russe cite notamment le cas du Tao Payoh, un navire battant pavillon camerounais, qui aurait été contrôlé le 2 août 2026 en mer Méditerranée.
D’après la déclaration, l’opération a été menée par les forces armées italiennes, avec l’appui d’un avion de patrouille polonais et d’un patrouilleur grec. Le ministère italien de la Défense aurait expliqué que l’intervention visait notamment à vérifier la nationalité du navire.
Le contrôle aurait duré environ deux heures. Selon Moscou, aucun élément compromettant n’aurait finalement été découvert et le navire aurait été autorisé à poursuivre sa route.
Moscou conteste la base juridique des contrôles
Le ministère russe rappelle que l’opération Irini avait notamment pour objectifs de contribuer à la mise en œuvre de l’embargo sur les armes imposé à la Libye, de recueillir des renseignements concernant les exportations illicites de pétrole libyen et de contribuer à la lutte contre le trafic d’êtres humains en Méditerranée.
La diplomatie russe affirme toutefois que le mandat concerné a expiré en mai 2026, et accuse désormais Bruxelles d’utiliser l’opération comme un instrument de pression contre les transporteurs commerciaux.
« Vérifier le pavillon » d’un navire peut, dans certaines circonstances, être prévu par le droit maritime, reconnaît Moscou. Mais le ministère estime que cette procédure aurait été utilisée comme un « prétexte » pour poursuivre des objectifs politiques et appliquer des mesures unilatérales de l’Union européenne.
La Convention de l’ONU sur le droit de la mer invoquée
La Russie affirme également qu’aucune décision interne de l’Union européenne ne peut, à elle seule, remettre en cause les règles internationales consacrées par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982.
Moscou estime ainsi que les contrôles effectués par les forces européennes risquent de porter atteinte au principe de la liberté de navigation et de créer un précédent susceptible d’affecter le transport maritime international.
La déclaration s’en prend également à Kaja Kallas, Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité. Le ministère russe lui reproche notamment de qualifier certaines opérations commerciales de « illégales », alors que Moscou considère ces activités comme relevant du commerce maritime ordinaire et indispensables, selon lui, à la sécurité énergétique et alimentaire de nombreux pays en développement.
Une nouvelle ligne de fracture entre Moscou et Bruxelles
À travers cette déclaration, la Russie accuse donc l’Union européenne de dépasser le cadre de ses prérogatives et de transformer des mécanismes de contrôle maritime en instruments de pression géopolitique.
Cette controverse intervient dans un contexte de tensions persistantes entre Moscou et Bruxelles autour des sanctions, du transport maritime et du commerce de pétrole russe. Elle pose également une question plus large : jusqu’où une puissance ou une organisation régionale peut-elle exercer des contrôles sur des navires étrangers en haute mer au nom de ses propres mesures de sécurité ou de sanctions ?
La Russie estime que l’Union européenne, en agissant de la sorte, s’expose à des « dangers graves » en s’écartant, selon elle, des principes fondamentaux du droit international maritime.
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