Le président de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), Me Jean-Claude Katende, monte au créneau contre les déclarations de Félix Tshisekedi sur la Constitution. Il estime que les prises de position du chef de l’État contre la Loi fondamentale fragilisent l’État de droit et soulèvent de sérieuses interrogations sur son attachement aux principes républicains.
Intervenant lundi 2 novembre 2026, lors d’un Space Live animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, le coordonnateur du Conseil pour la défense de la Constitution (CDC) a réagi aux propos du président de la République, qui avait exprimé son aversion pour la Constitution devant les élus de sa majorité, avant d’affirmer, devant la diaspora congolaise en Russie, qu’il menait un combat contre ce texte.
Pour Me Jean-Claude Katende, le débat ne porte pas sur les sentiments personnels du président à l’égard de la Constitution, mais sur son obligation de la respecter et de la défendre. Il rappelle que Félix Tshisekedi, au même titre que tout citoyen, est soumis à la Loi fondamentale, avec une responsabilité particulière liée à sa fonction.
« Aucun Congolais n’est obligé d’aimer la Constitution. Elle existe, et nous avons tous l’obligation, en tant que républicains, de la respecter et de la protéger. Le premier Congolais à devoir assumer ce devoir, c’est le président de la République », a-t-il déclaré.
Le défenseur des droits humains juge particulièrement préoccupants les propos tenus par Félix Tshisekedi en Russie. Selon lui, le chef de l’État ne peut combattre ouvertement un texte qui fonde sa propre légitimité et détermine les limites de ses prérogatives. Il redoute également que cette posture soit interprétée comme un signal adressé aux responsables des institutions et aux agents publics pour qu’ils s’engagent dans la même démarche.
Me Katende soupçonne par ailleurs une volonté de modifier la Constitution au profit du pouvoir en place. Pour étayer ses inquiétudes, il pointe la loi référendaire adoptée par l’Assemblée nationale et le Sénat, dont certaines dispositions accorderaient, selon son analyse, des pouvoirs supplémentaires au président de la République afin de faciliter le processus de changement constitutionnel.
Le coordonnateur du CDC s’est également opposé aux arguments avancés par Félix Tshisekedi autour de l’article 217 de la Constitution. Le chef de l’État avait invoqué cette disposition, qui autorise la RDC à conclure des accords comportant un abandon partiel de souveraineté dans le cadre de la promotion de l’unité africaine.
Une interprétation que Me Katende considère comme contestable. Il estime que cet article ne saurait être utilisé pour justifier une remise en cause de l’intégrité du territoire national. « Cette Constitution existe depuis bientôt 20 ans. On n’a jamais vu cet article être appliqué pour donner une partie de la RDC à un quelconque peuple ou à un quelconque pays », a-t-il soutenu.
Sur la question de l’éventuelle reconnaissance du kinyarwanda comme cinquième langue nationale, revendication que Félix Tshisekedi a attribuée à l’AFC/M23 dans le cadre des discussions de Doha, Me Katende estime que seule la population peut se prononcer sur une telle évolution, notamment par voie référendaire.
Il rappelle qu’une partie des Congolais parle déjà cette langue, tout en soulignant que plusieurs autres langues parlées sur le territoire national ne bénéficient pas du statut de langue nationale. À ses yeux, cette question linguistique ne constitue donc pas un argument suffisant pour justifier une modification de la Constitution.
À travers cette prise de position, Me Jean-Claude Katende remet au centre du débat la responsabilité constitutionnelle du président de la République et les limites de son pouvoir.
Ses déclarations interviennent dans un contexte où les discussions autour d’un éventuel changement de la Constitution alimentent de plus en plus les tensions et les interrogations sur l’avenir institutionnel de la RDC.
Le Hautpanel
