Denis Mukwege, Fondateur de l’Hôpital Panzi et prix nobel de la paix 2018, a appelé ce lundi 24 août 2026, à la création d’un mécanisme judiciaire crédible pour juger les crimes du passé et du présent en République Démocratique du Congo. C’était à l’occasion du 28è anniversaire du massacre de Kasika, dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo.
« Il y a vingt-huit ans, les populations civiles de Kasika, Kilungutwe et Kalama furent victimes d’une violence d’une cruauté extrême. Des centaines de femmes, d’hommes et d’enfants furent massacrés. Des femmes furent violées et torturées, des enfants et des bébés tués, des maisons incendiées et les villages pillés. Le Mwami François Mubeza, chef coutumier de la communauté Nyindu, fut assassiné et son épouse, enceinte de jumeaux, éventrée. Des religieux et de nombreux paroissiens furent également tués.
Le Rapport Mapping des Nations Unies a documenté ces atrocités et fait état du massacre de plus d’un millier de civils. Ces crimes imprescriptibles ne peuvent être dissociés de l’intervention militaire du Rwanda en RDC et du rôle joué à l’époque par les forces rwandaises aux côtés du RCD-Goma / ANC.
Depuis près de trente ans, une même logique se répète : le recours à des groupes armés congolais et étrangers comme instruments d’une stratégie régionale, permettant au Rwanda d’intervenir en RDC tout en dissimulant ou en minimisant sa responsabilité directe. Hier, l’AFDL puis le RCD-Goma ; ensuite le CNDP ; puis le M23 ; aujourd’hui encore, le M23 sous la bannière de l’AFC-M23-Twiraneho / Red Tabara. Les noms et les structures changent, mais les populations congolaises continuent de subir les massacres, les violences sexuelles, les déplacements forcés et la destruction de leurs villages.
Ces agressions criminelles chroniques doivent être reconnues et sanctionnées. L’impunité est au cœur de cette tragédie. Lorsque les auteurs et les commanditaires de crimes aussi graves ne sont jamais jugés, le message envoyé est que les crimes peuvent être répétés sans conséquence. Commémorer Kasika ne peut donc être un simple devoir de mémoire. La mémoire doit devenir une exigence de justice. Nous appelons la République démocratique du Congo et la Communauté Internationale à mettre en œuvre les recommandations du Rapport Mapping, à enquêter sur les crimes commis au cours des trente dernières années et à poursuivre leurs auteurs et leurs commanditaires, qu’ils soient congolais ou étrangers, membres de groupes armés ou responsables étatiques.
« Nous appelons également à la création d’un mécanisme judiciaire crédible pour juger les crimes du passé et du présent, notamment une juridiction pénale spéciale ou internationalisée, ainsi que des chambres mixtes ou hybrides au sein des juridictions congolaises. La justice transitionnelle doit impérativement garantir aux victimes quatre droits fondamentaux : la vérité, la justice, les réparations et les garanties de non-répétition. Vingt-huit ans après Kasika, nous refusons que le silence et l’oubli constituent une seconde injustice envers les victimes. Nous n’oublions pas Kasika.
Nous n’oublions pas les victimes. La paix durable en RDC ne pourra être bâtie sur l’impunité et les doubles standards. Vingt-huit ans après Kasika, il est temps de briser le cycle de la violence et de l’impunité, d’établir toute la vérité, de rendre justice aux victimes et de mettre fin aux violations récidivistes du droit international et des droits humains dans l’Est du Congo », a déclaré Mukwege.
Le Hautpanel
