Après ses déclarations controversées appelant notamment à la distribution d’armes et des menaces contre des ressortissants occidentaux à Kinshasa, le cadre de l’UDPS est désormais entre les mains de la justice. Le ministre d’État à la Justice, Guillaume Ngefa, annonce des poursuites judiciaires et prévient qu’aucune appartenance politique ne saurait constituer un bouclier contre la loi.
L’affaire Fils Mukoko prend une tournure judiciaire. Le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a confirmé l’arrestation de cette figure de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), poursuivie à la suite de propos jugés particulièrement graves, faisant notamment état d’appels à la distribution d’armes et de machettes ainsi qu’à des actions hostiles contre des ressortissants occidentaux séjournant à Kinshasa.
S’exprimant lors d’un briefing de presse organisé jeudi 22 octobre 2026 avec son collègue de la Communication et des Médias, le patron de la Justice congolaise a clairement affiché la position du gouvernement : l’incitation à la haine et à la violence ne peut bénéficier d’aucune tolérance, encore moins lorsqu’elle se manifeste sur les réseaux sociaux.
« Les réseaux sociaux ne sont pas un espace de non-droit », a martelé Guillaume Ngefa, précisant qu’une injonction avait été prise et que le concerné avait été arrêté en vue de répondre de ses actes devant les instances judiciaires.
Le ministre a surtout insisté sur le principe d’égalité devant la loi, rejetant toute tentative de soustraire un individu à la justice en raison de son appartenance politique. « Que vous soyez de l’UDPS ou pas, il faut que vous soyez jugé », a-t-il déclaré, annonçant sans ambiguïté que Fils Mukoko devra répondre des faits qui lui sont reprochés.
Une affaire aux implications politiques et sécuritaires
Selon les informations rapportées, Benoît Mukoko alias Fils, ancien directeur général adjoint de la Régie d’assainissement de Kinshasa (RASKIN), a été interpellé jeudi à son domicile, dans la commune de Lemba, après avoir été révoqué de ses fonctions à la suite de sa suspension.
Ses déclarations, évoquant notamment la distribution d’armes sur des terrains de football, dans des églises et des universités, avaient provoqué une vive indignation. L’intéressé avait également appelé à l’organisation d’un sit-in devant l’ambassade de Belgique.
La controverse avait déjà entraîné plusieurs réactions institutionnelles. Le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC) lui avait notamment infligé un embargo médiatique de 88 jours. De son côté, l’UDPS avait pris ses distances avec son cadre, réaffirmant son attachement aux valeurs de non-violence. Le gouvernement avait, lui aussi, condamné des propos qualifiés d’irresponsables.
Un test pour l’État de droit
Au-delà du cas individuel de Fils Mukoko, cette affaire remet au centre du débat la responsabilité des acteurs politiques dans la préservation de la paix sociale et de la cohésion nationale.
Elle pose également une question fondamentale : jusqu’où peut aller la liberté d’expression sans basculer dans l’incitation à la violence et à la haine ?
Pour les autorités judiciaires, la réponse passe par l’application de la loi, indépendamment des affiliations politiques. Reste désormais à la justice d’établir les faits, de déterminer les responsabilités et de se prononcer dans le respect des garanties d’un procès équitable.
Dans cette affaire, le message du ministère de la Justice est sans équivoque : l’appartenance à la famille politique au pouvoir ne confère aucune immunité face à la loi.
Le Hautpanel
