Aux Nations unies, la République Démocratique du Congo (RDC) plaide pour une nouvelle gouvernance mondiale des ressources naturelles : plus de transformation locale, plus de valeur ajoutée africaine et une rupture avec le modèle extractif traditionnel.
Confrontée depuis plusieurs années à une instabilité sécuritaire persistante dans sa partie orientale, marquée notamment par la progression de la rébellion de l’AFC/M23 que Kinshasa et les Nations unies accusent d’être soutenue par le Rwanda, la République démocratique du Congo entend repositionner ses ressources naturelles au cœur de sa stratégie de développement et de consolidation de sa souveraineté économique.
Dotée de l’un des sous-sols les plus riches de la planète, la RDC concentre des réserves majeures de minerais stratégiques indispensables à la transition énergétique mondiale, parmi lesquels le cobalt, le cuivre, le lithium, le coltan et le tantale. Pourtant, cette richesse exceptionnelle contraste avec la réalité sociale du pays, où une large partie de la population demeure confrontée à la pauvreté. Un paradoxe que les autorités congolaises veulent désormais corriger en imposant un nouveau modèle fondé sur la transformation locale et une meilleure redistribution de la valeur issue des ressources minières.
Prenant la parole mardi 14 juillet 2026 lors de la Réunion de haut niveau des Nations unies consacrée aux minéraux critiques pour la transition énergétique, la ministre d’État aux Affaires étrangères, à la Coopération internationale, à la Francophonie et à la Diaspora congolaise, Thérèse Kayikwamba Wagner, a appelé à une refonte des partenariats internationaux autour des ressources stratégiques.
« La transition énergétique est devenue une nécessité planétaire, mais elle ne sera véritablement juste que si elle transforme également les économies des pays qui en fournissent les fondations », a-t-elle déclaré, dénonçant un système mondial dans lequel « les matières premières sont produites au Sud tandis que la transformation, les technologies et l’essentiel de la valeur ajoutée restent ailleurs ».
Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse désormais la simple exploitation minière. Il s’agit de faire de la RDC un acteur industriel majeur des chaînes mondiales de valeur liées aux minerais critiques. La cheffe de la diplomatie congolaise défend ainsi une vision basée sur les investissements dans les infrastructures, l’énergie, la recherche, la formation et les technologies.
Elle a également insisté sur la nécessité de moderniser l’exploitation artisanale afin d’intégrer les communautés locales dans les circuits économiques officiels et de garantir de meilleures conditions aux travailleurs qui participent directement à l’approvisionnement mondial en minerais stratégiques.
La bataille pour la souveraineté minière
Au-delà des enjeux économiques, Kinshasa lie désormais la question des ressources naturelles à celle de la paix et de la sécurité nationale. Pour les autorités congolaises, l’exploitation illégale des minerais contribue à financer les groupes armés, affaiblit l’autorité de l’État et menace l’intégrité territoriale.
Évoquant le cas de Rubaya, dans le Nord-Kivu, Thérèse Kayikwamba Wagner a rappelé l’importance stratégique de cette zone minière, dont les ressources en tantale occupent une place significative dans l’approvisionnement mondial.
« La transition énergétique mondiale ne doit pas devenir une nouvelle transition extractive. Si elle ne fait que remplacer une forme de dépendance par une autre, elle n’aura pas tenu ses promesses », a-t-elle averti.
Cette prise de position intervient alors que Kinshasa cherche à renforcer son partenariat stratégique avec les États-Unis dans le secteur des minerais critiques, tout en avançant dans le cadre diplomatique de l’accord signé à Washington avec Kigali, censé favoriser la désescalade dans l’Est de la RDC, le retrait progressif des forces rwandaises et la neutralisation des groupes armés.
Mais sur le terrain, la réalité demeure préoccupante. Malgré les engagements diplomatiques, les rebelles de l’AFC/M23 continuent de contrôler plusieurs zones importantes du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, notamment les villes de Goma et Bukavu, selon les autorités congolaises et plusieurs rapports internationaux. Le processus de Doha, censé faciliter un dialogue entre Kinshasa et la rébellion, peine également à enregistrer des avancées décisives.
Entre diplomatie minière et urgence sécuritaire
La RDC se trouve ainsi au cœur d’un double défi : sécuriser ses territoires riches en minerais stratégiques tout en évitant que ces ressources ne deviennent un facteur permanent de conflits.
À New York, le message de Kinshasa est clair : l’avenir de la transition énergétique mondiale ne peut se construire sans une participation équitable des pays producteurs. Pour la RDC, la véritable souveraineté ne réside plus uniquement dans la possession des ressources, mais dans la capacité à les transformer, à créer de la richesse localement et à faire bénéficier les populations congolaises de leur propre patrimoine naturel.
Le Hautpanel
