Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, accuse son homologue rwandais, Paul Kagame, de chercher à empêcher la relocalisation des combattants des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dans un pays africain tiers.
Selon le chef de l’État congolais, cette obstruction présumée permettrait à Kigali de maintenir la question des FDLR comme argument sécuritaire pour justifier la présence de ses forces sur le territoire congolais.
S’exprimant vendredi 30 octobre 2026, devant la communauté congolaise vivant à Moscou, en Russie, en marge de sa participation au sommet Russie-Afrique, Félix Tshisekedi a remis en cause la réalité de la menace que représenteraient les FDLR pour la sécurité du Rwanda. Il estime que cette question est instrumentalisée par les autorités rwandaises pour légitimer leur intervention en RDC.
Le président congolais a notamment révélé que son gouvernement avait entrepris des démarches pour éloigner les combattants des FDLR des zones de combat et organiser leur prise en charge dans un site à Kitona, dans l’attente de leur transfert vers un pays d’accueil. Ceux qui souhaiteraient retourner volontairement au Rwanda pourraient également bénéficier de cette possibilité.
Dans cette perspective, Félix Tshisekedi affirme avoir obtenu l’accord d’un chef d’État africain pour accueillir temporairement ces combattants, le temps de finaliser le processus de désarmement et de démobilisation. Une proposition qui aurait été communiquée aux autorités américaines, impliquées dans la médiation entre Kinshasa et Kigali.
Cependant, selon son récit, Paul Kagame aurait tenté de faire échouer cette initiative en contactant directement le dirigeant du pays concerné pour le dissuader d’accueillir les FDLR, le menaçant de considérer une telle décision comme une prise de position hostile au Rwanda.
« Le président rwandais est en train d’entretenir cette situation des FDLR pour qu’ils demeurent au Congo et qu’il ait toujours des prétextes pour justifier sa présence sur le sol congolais », a affirmé Félix Tshisekedi.
Le chef de l’État a également critiqué la gestion de cette question sous l’administration de son prédécesseur, Joseph Kabila, qu’il accuse d’avoir contribué à l’affaiblissement du système national de défense et de sécurité. Il estime que la présence des FDLR a longtemps servi de justification à des interventions rwandaises en territoire congolais.
Un désaccord persistant sur l’application de l’accord de Washington
La question des FDLR demeure l’un des principaux points de friction dans l’application de l’accord de paix signé à Washington entre la RDC et le Rwanda sous l’égide des États-Unis. Ce texte prévoit notamment la neutralisation des FDLR ainsi que le retrait des forces rwandaises du territoire congolais.
Dans le cadre de la mise en œuvre de cet engagement, Kinshasa a annoncé la signature d’un protocole portant sur le désarmement, la démobilisation et le cantonnement des combattants des FDLR. Une démarche contestée par Kigali, qui considère que l’accord de Washington exige leur neutralisation et non la mise en place d’un mécanisme distinct de désarmement, de démobilisation et de cantonnement.
Les autorités congolaises défendent, pour leur part, le désarmement volontaire comme une voie permettant d’aboutir à la neutralisation durable du mouvement armé et de priver le Rwanda de l’argument sécuritaire qu’il invoque pour justifier sa présence en RDC.
Au-delà de ces divergences d’interprétation, le bras de fer autour du sort des FDLR illustre les difficultés persistantes de Kinshasa et de Kigali à traduire leurs engagements diplomatiques en avancées concrètes sur le terrain.
Le Hautpanel
